Lettre adressée à un «  frère anonyme de dojo » , à propos du «  ki « dans le combat.

Ki : (jap) (chinois :  c’hi) , énergie, souffle, air, force, sensation …etc… ….

Tu m’as posé , il y a de cela environ un an, un certain  nombre de questions écrites à propos de ma nouvelle orientation, et de ce que j’estimais , après toutes ces années dédiées à la pratique et la transmission des arts martiaux ,  que  l’utilisation du « ki » pouvait influencer dans le « combat ». Je n’ai pas eu le loisir de te répondre immédiatement, d’une part à cause des travaux de mise en place de ma nouvelle orientation selon mes nouveaux guides , d’autre part , et surtout  à cause du recul que je souhaitais prendre avant de tenter d’apporter mes réponses à ces questions, au demeurant autant pertinentes que  passionnantes .  Je vais ci dessous m’efforcer de te faire part de mon point de vue, tout en te rappelant que mon expérience n’est pas aussi étendue que la tienne , tout en te précisant que  mes impressions ne constitueront  donc en aucun cas des conclusions ni surtout des vérités ;  il s’agira  plutôt, à mon petit niveau de suiveur ,  de l’expression de vécus provisoires , car sans  doute à nouveau soumis à l’inexorable tamis de futures rencontres, de celui de  l’entrainement, de la transmission, de l’expérience  et surtout de celui du temps.

 

Pendant toutes ces années passées à pratiquer  intensément, et comme tu le sais, le plus souvent  aveuglément, parfois  déraisonnablement les méthodes purement traditionnelles comme SANKUKAI avec Maitre Nambu  pendant les années 70,  ou SHOTOKAI  avec Maitre Harada  , ou feu Maitre Murakami, pendant les années soixante dix et quatre vingt,  je n’ai,  de quiquonque  reçu un éveil, un enseignement, une formation ni encore moins accédé à quelque niveau que cela soit dans l’utilisation de cet outil qu’est  le « ki »….  Je dirai même qu’à  aucun moment, je n’ai entendu un seul de ces trois maitres prononcer ou évoquer cette dimension,  et encore moins élaborer le moindre exercice susceptible de nous la faire découvrir . Notre pratique n’était  qu’exclusivement  axée  sur une assimilation technique traditionnelle  copieuse, doublée d’une défonce physique que je juge aujourd’hui non pertinente, voire inutile et déplacée . Toutefois, il m’a été permis de constater chez chacun d’entre eux des formes diverses de haute compétence,  que cela soit  dans la détermination,  l’efficacité,  ou l’anticipation sur les attaques de l’adversaire, qualités qui me semblaient relever davantage du mental que du physique …à tel point que je me pose encore la question de savoir si leur enseignement était complet, voire sincère. ? 

De  Yoshinao  Nambu , j’ai ainsi gardé le souvenir d’un guerrier que rien ne semblait pouvoir arrêter, à tel point que lors des  combats (…de compétition !!! )  qu’il  m’a été donné de le voir conduire, il donnait l’impression de vouloir , avant de commencer l’engagement, écraser son antagoniste comme une moissonneuse batteuse le fait avec les blés qui se dressent devant ses herses ; Il existait, incontestablement, une transmission ultra rapide de sa volonté de gagneur à son rendement physique , immédiatement transposables à son registre technique archi-complet ; autrement dit l’impression de force inexorable qui se dégageait de sa stature moyenne, semblait connecté à un poste de commandement central relié à un détonateur atomique … était cela  le « ki » ?  Maintenant qu’il doit approcher les soixante dix ans, que sa pratique a elle aussi évolué vers l’énergétique chinoise, comment considère  t’il lui-même  aujourd’hui cette force qui  l’animait lors de ses jeunes années   ? La possède t’il toujours  intacte ?…ou  l’a-t-il fait évoluer, et si oui, comment, et au prix de quel bouleversement et de quel  renoncement ?

De Mitsusuke  Harada, je n’ai que très peu de souvenirs, puisque il ne m’a été donné de ne suivre quelques  petits stages sous sa direction ;  je garde en tout et pour tout le souvenir d’un être « apparemment «  malingre et fragile, voire en mauvaise santé, mais doté d’un  regard insoutenable et  pénétrant, évoquant celui d’une personne impitoyable et semblait t-il,  peu empreinte de la compassion que  nous  autres occidentaux, en quête d’absolu, recherchons  stérilement chez ces maitres asiatiques. Si mes souvenirs sont bons, tu me sembles plus à même que moi être en mesure d’établir un constat d’efficacité en ce  qui concerne cette personne, puisque tu m’as dit avoir un jour voulu  le tester en le ceinturant … à ton grand dam, puisqu’il a su  spontanément   à ton  grand étonnement, se dégager de ta préhension , puis te mettre dans une posture périlleuse, alors que tu avais un net avantage de par  toutes les incertitudes possibles : anticipation, technique hyper élaborée,  mental en éveil , préscience  ? Si sa pratique , basée sur des postures  basses caractéristiques de cette école l’ a conduit à cette forme d’efficacité  est ce  là ce qu’il appelle le « ki »… s’il l’appelle…  et comment, le vit il aujourd’hui, entre soixante dix et  quatre vingt ans , alors qu’il doit sans doute aucun faire face à des difficultés articulaires dues à un excès de sollicitations pelviennes ou ghinociales entravant son niveau ?

De feu Tetsui Murakami, j’ai de plus nets souvenirs pour avoir suivi assidument et avec ferveur de très nombreux stages sous sa direction, dont deux lourds, de quinze jours, sur les plages molles et  sableuses «  hérau-iques «  de Sérignan (34) ,là même  ou j’ai débuté la mise à mal de mes genoux.  Nous pratiquions peu d’exercices de combat  dans cette branche à l’époque décriée de l’école SHOTOKAI , par les élèves d’Harada ; toutefois, un kumite nous était toutefois régulièrement proposé qui nous mettait face à face,  selon une distance très  proche, sans protection bien entendu. Il s’agissait de frapper librement  l’adversaire (…sans le toucher, en contrôle total, donc sans danger aucun !! ) avant qu’il ne le fasse ,en se basant sur la détente , l’observation, l’écoute de l’autre, la réceptivité, et l’anticipation, la distance  étant encore réduite par des reptations subreptices de pied que l’on voulait imperceptibles, qui ne pouvaient être possible que grâce à la malléabilité du sable ; il n’aurait donc pas été possible de réaliser ceci  sur un plancher , du macadam, ou même un tatami . J’avais  acquis  dans cet exercice, une certaine compétence, que je juge aujourd’hui toute relative compte tenu de son contexte  sportif , conventionnel …et sablonneux. Maitre Murakami n’a jamais jugé bon de pratiquer lui même, avec le tout venant de ses élèves ce type de confrontation ;  elles ne nous ont  été présentées que par ou avec par ses plus proches disciples de l’époque, comme Patrick Herbert et Tam, dont le niveau, au travers de cet exercice spécifique,  j’entends,  ne m’avait  pas semblé très supérieur à celui du groupe lyonnais auquel j’appartenais, ou de celui  des autre enseignants  venus de tous horizons , ce malgré  le tonitruant décalage de grades .  J’ai par contre vu , un jour, lors d’un stage, au Clam,( Centre lyonnais des arts Martiaux ) Maitre Murakami se faire irrémédiablement immobiliser au sol , suite à l’exercice de « midare « , (croisement incessant sans contact de deux antagonistes en attaques de coups de poings  longs)  par mon ami Bernard Gallice  ,  ancien du club, par ailleurs  gradé en judo ; en cette occasion, il ne m’a pas semblé que la pratique certes sincère et impressionnante de fluidité, austère, souple et gymnique  de cet expert s’avérât efficiente pour se dégager de cet étau au cou dont Bernard était spécialiste …Maitre Murakami n’est hélas plus là aujourd’hui pour évoquer sa propre approche du » ki « …, s’il en avait une ? Il n’en reste pas moins vrai que cet épisode a été un des détonateurs de mon changement d’orientation vers Kenji Tokitsu  ce à quoi tu as  , à cette époque, amplement contribué, puisque c’est toi qui nous mis en contact .

De kenji Tokitsu  et de mes vingt cinq années ans de pratique dont quinze professionnalisées , j’ai bien entendu beaucoup découvert et appris, et je dois aujourd’hui, incontestablement,  l’en remercier ;  ma récente évolution vers ses sources chinoises  est  en plus grande partie due à mon désaccord avec son incapacité organisationnelle et relationnelle, donc pédagogique , sa véritable dimension humaine me semblant de surcroit être en net décalage avec l’icone magistrale dont  nous l’avons arbitrairement tous affublé  . Toutefois,  ses voyages, ses rencontres, ses écrits, ses  synthèses , ses adaptations, constituent  un ensemble  d’expériences respectables autant que brillantes ; sa quête du « ki » , menée tout au long de  sa vie, comme celles des chevaliers de la table ronde avec celle  du Saint Graal, avec passion , engagement, courage et esprit critique, nous a tous amené à vivre à ses côtés de nombreuses découvertes , qui,  même si elles n’ont pas propulsé certains d’entre nous, comme moi, vers les sommets auquel il disait vouloir nous conduire , nous ont incontestablement sensibilisé à des dimensions qui sortaient des chemins battus de la technique et de la défonce physique .

Mais de quel « ki » parlait donc Kenji Tokitsu dans ses stages et ses écrits  ? Selon les sources chinoises dont il s’est inspiré pour jeter les fondations de son école, plutôt…..de son «  courant de pratique à modulation de fréquence » , je comprends que les chinois envisagent le » ki », ou « chi » selon plusieurs acceptions ; je sais aussi que ce mot  , selon une de ses  interprétations japonaises , n’est pas immédiatement ni surtout  précisément traduisible en français…on dit ,entre autre,  en japonais, « avoir le ki de.. » , pour avoir l’impression, le sentiment , la prescience de…   Les chinois distinguent, eux, plusieurs formes de ki, comme celui originel dont nous avons hérité de nos parents, celui de l’air,  ou chi cosmique, et celui de ce que l’on mange, ou chi terrestre.   Selon les chinois, l’addition de ces trois types de chi constituerait notre Graal ,  peut être  celui dont KT  a voulu parer sa pratique, en collaboration avec le Dr Yayama . Selon la tradition chinoise, le » ching (essence originelle ) constitue une dimension énergétique préalable au chi, ou énergie respiratoire , avant l’énergie mentale et spirituelle  (shen) . Le but de la pratique des exercices internes est donc de d’accumuler et de conserver ces trois  énergies  (ou trois trésors , san bao) sans les disperser, mais aussi de les purifier et de les affiner. Pour avoir assimilé avec zèle et passion l’entièreté du registre technique évolutif de KT vingt- cinq années durant, je crois pouvoir dire que ce Maitre ressemblait en de nombreux points à Yoshinao  Nambu, de par sa hargne féline et son habileté dans le combat libre avec protections , dimension me semble t-il plus sincère et significative  que celui propre à la compétition, empreint, comme tu le sais , de moult conventions étouffant l’authenticité d’une confrontation à la vie et à la mort. J’ai vu KT dominer nettement tout ceux d’entre nous qu’il choisissait pour pratiquer, en sa compagnie, les « exercices »  de combat  libre ; pour avoir eu le privilège d’avoir, comme toi, été un de ceux là, je peux attester que KT combattait à plusieurs niveaux au dessus des meilleurs d’entre nous, de telle manière qu’il semblait pouvoir lire dans mes  pensées tout ce que j’avais l’intention, ou décidé de faire ,  que cela soit sur le plan temporel, spatial et surtout évènementiel J’avais surtout l’impression qu’il avait une culture de la juste distance (ma), qui lui permettait, selon les adversaires avec qui il combattait, de se placer insidieusement selon un angle et une distance sous lequels il savait ne pas pouvoir être atteint , alors que lui nous pouvait nous toucher … .Pratique plus avancée ?…  issue  de l’acquis de la tradition ?  d’un « ching » inné  original supérieur ? et- ou docilité subordinatoire inconsciente de notre part due au Maitre?  Son « ki » résidait il dans l’un ou ensemble de ces éléments ?  Il nous a confié, un soir, du début des années 2000  , alors qu’il était en phase de confidence, qu’il commençait à entrevoir lors des combats,  une aura lumineuse autour du corps de son adversaire, aura qui bougeait avant que l’adversaire lui-même n’ait semblé le faire, ce qui lui donnait un large temps d’avance pour le » traiter . Vérité personnelle ou subjective ? début d’une révélation « satorique », fausse pisite pour les trop curieux,  fiction commerciale  ? expression  d’une pratique forcenée  l’ayant conduit à un niveau de perception exceptionnel  ? Le » ki » dont il parle serait il alors uniquement connoté  à la seule perception de l’intention de l’autre et surtout , à la seule dimension de l’efficacité en combat  ? mais de quel combat …   J’ ai aujourd’hui le sentiment que si KT a sans doute accédé , grâce à l’abnégation et à la professionnalité de sa pratique, à des niveaux de sensibilité évolués, il n’a jamais été  dans son intention de nous transmettre l’entièreté du résultat de ses recherches et de ses aboutissements, tout comme la dimension  apportée par le Dr Yayama , qui, si elles ont, de par ses tout premiers stages et ses cinq exercices de base , jeté un éclairage nouveau sur la pratique de pratiques difficiles  comme la petite ou la grande circulation, ont mené bien peu d’entre nous là ou nous étions sensé aboutir …Sinon, pourquoi tant de gens, et parmi les plus  compétents et les plus influents, sont ils partis , trente années durant en claquant la porte,  déversant parfois sur les forums internet des tonnes d’anathèmes parfois sans retenues à l’encontre de celui qui fut leur Maitre ?  Si la notion de ki, quelque  fût son interprétation avait été effectivement et véritablement cernée , si tant est qu’elle fût objective et factuelle, je suis certain que nous serions tous restés, prêts à endurer les frasques comportementales de ce Maitre et de son proche entourage , même celles plus récemment  résolument et incompréhensiblement chorégraphiques .  Qu’en est il de la recherche d’efficacité dans le combat de KT, alors qu’il aborde la tranche d’âge le conduisant vers ses soixante dix ans ? est il toujours aussi disponible articulairement et par conséquence mentalement pour s’adonner à ses nombreuses heures d’entraînement quotidien frénétiques et déraisonnables ? Son corps usé acceptera t’il encore longtemps les lourdes contraintes qu’il lui impose,  alors qu’il traverse un âge qui requiert plutôt un retour sur soi, le calme, l’harmonie,  la complétude d’un bilan , une transmission réfléchie, mesures  destinées à mieux préparer une fin de vie ? Que veux il  prouver…  et à qui… ? je ne pense  en tout  cas pas qu’il sera encore plus fort à soixante dix, quatre vingt , quatre vingt dix ans ou plus, si vie nous est prêtée jusqu’à ce stade.

 Pendant ces longues années de foi engagée et assidue, axée sur des centaines d’heures de pratique solitaire de posture sur deux appuis (zhang zhuan ) , mon niveau a incontestablement évolué ; alors oui, je peux dire que j’ai découvert, grâce  à KT , puis graçe à d’autres,  une forme de « ki » ,  la force interne, implicite,  (nei gong), qui a transformé mon karate, m’autorisant, à l’époque de mes  cinquante  ans une pratique intense et périlleuse, puisqu’orientée vers le combat libre,  malgré le grave état de mes deux genoux opérés .  Oui, je peux dire que  je travaille  avec le « ki « , dans la mesure  ou le bien être qui se dégage de mes heures  de posture et d’autres exercices visant à renforcer l’interne,  me conduit dans un état mental second  empreint d’un fraicheur absolue ;  j’entends par là qu’ il influence mon esprit de par la profonde détente progressive qui s’installe dans la globalité de mon corps  , me rendant plus positif  et sans doute plus  ouvert aux autres … adversaires ou pas . Mais j’ai bien conscience que cet acquis ne constitue probablement qu’une étape sur le chemin du « ki » , dans la mesure ou cette  recrudescence de force ne s’avère pas suffisante pour gagner  tous les types de combats  … Oui, je travaille  avec ce « ki »  quand je sens, lors d’une  saisie ou d’une frappe que je me défend non plus uniquement  avec ou par  celle des parties de mon anatomie qui est agressée, mais avec la globalité de mon corps  , m’autorisant une force physique de beaucoup supérieure à toutes celles que j’ai pu avoir même  dans mes jeunes années.  Mais si tu me demandes si je suis en mesure de travailler avec le » ki «  selon son acception de préscience anticipatoire  ,de maîtrise de la distance, d’harmonie absolue avec le rythme (yomi) ou la cadence (yoshi)  de mon adversaire ,  alors je te réponds clairement et honnêtement « non », je ne ressens peu de cela, sans doute parce que ma pratique n’a pas été suffisamment abondante, ou alors erratique de par son abondance,  sans doute pas assez  bien orientée, ou pas suffisamment reliée à une tradition  non seulement martiale  mais aussi spirituelle.

De mes deux voyages en chine , et de mes contacts avec Maitre Wang Shang Wen, ou du  bref séjour aux cotés de Maitre LI Jiang Liu, ou encore celui avec Maitre Wang Fu lai , qui contribua à la formation de KT , j’ai conclu qu’il s’agissait , avant de parler de » ki », de savoir de quel type de combat  l’on parlait …. Je crois  pouvoir dire aujourd’hui que les aimables joutes  conventionnelles avec casques et gants -qui l’espace d’un temps  ont donné à de nombreux d’entre nous l’enivrante sensation d’être « forts en combat –  ne ressemblent elles même, guère plus que les randoris de compétition,  en rien à une bagarre de rue ou notre intégrité physique est menacée, ou notre  pronostic vital est engagé  . Je crois pouvoir affirmer que le « ki » , quel qu’il  soit, sera , dans ce cas  de danger ou de survie, connoté à une attitude animale issue de notre cerveau reptilien qui laissera loin derrière lui nos dimensions civilisées ,sociales,  élaborées, contrôlées  . La notion de ki sera alors comparable à une dimension d’instinct basique, comme celle de l’instinct sexuel, qui, alliée à une technique élaborée spontanée ,  pourra alors- peut être… !- déboucher sur une efficacité plus absolue que celle que nous , « experts »  en art martiaux , croyons orgueilleusement détenir sans avoir à nous connecter à cette dimension  animale . KT préconisait, dans ses intéressants écrits, la non accession et non utilisation de cette dimension animale, qu’il semblait, sans doute en tant qu’intellectuel, légitimement mépriser. Mais cette opinion semble en tout ca  se  positionner aux antipodes des principes de base du Da Cheng chuan, et de ceux du Xing yi chuan, ancêtre du premier  , lesquels nous enseignent que dans un combat,  l’état d’esprit, et l’état d’esprit avant tout prédomine sur quelque technique  de quelque école que cela soit :  c’est donc bien la personne, et non la méthode, qui porte , en un moment  donné le » ki « en elle  . Autrement dit, notre compétence ultime  , comme celle des samouraïs ou des bretteurs européens à deux lames  du XVII e  siècle ,  ne peut   déployer totalement son niveau optimal  que si on   occulte notre  peur de la mort, que si on se livre   au combat de telle manière que l’on  accepte  , dans un farouche quitte ou double, la perspective de la défaite , synonyme de la mort  ; là, oui, la notion de » ki » est engagée ; en ce qui me concerne , je ne  me suis jamais senti proche de la mort dans mon dojo, ou dans celui des autres. Il m’a toutefois été possible , lors de mon dernier voyage en Chine, de mesurer une autre dimension  du combat, sur laquelle je n’ai aucune envie et surtout aucune raison de m’engager, en voulant tester le niveau des jeunes assistants chinois  de Wang Shang Wen, forts d’une dizaine d’année de pratique seulement , ce lors d’exercices de tui shou (pousse mains)  . S’ils s’engagent dans le combat, c’est qu’ils y sont poussés…mais c’est alors pour de bon : il n’y a alors pour eux alors plus de règles, de  partenaire, plus de convention, plus  de retenue , leur regard change, leur souffle s’abaisse, leur dos se voute, leur coups se font plus durs, une  attitude inquiétante , puis une intention destructrice les investit, au point que leur faciès se modifie ; là, mes piètres notions ou niveau de « ki » , quelles  qu’elles soient, se sont avérées bien insuffisantes pour espérer tenir debout ne serait qu’un souffle d’instant….Et puis, combien  d’occasions  de nous battre réellement avons-nous dans une vie ? Je crois que tu as vécu quelque chose de semblable à Tokyo ?

Il ne me reste plus  qu’à commenter  la capacité de soin que déploient certains, comme le docteur Yayama, ou maitre Li Jiang Liu, célèbre dans toute la Chine autant de par sa capacité martiale, que par les très nombreuses personnes qu’il dit avoir guéri, d’affections graves ou le pronostic vital était largement engagé. Je me garderai bien de tout commentaire assertif  à cet effet , mais demeure persuadé que si leur capacité est avérée, elle est reliée au spirituel, de par un cheminement quasi confessionnel, que je ne suis pas  capable d’expliquer, encore moins de comprendre, dans l’état actuel de mes connaissances sur le sujet .  Je me contenterai simplement de condamner les gourous qui utilisent  honteusement leur pouvoir de conviction pour monnayer des produits de pharmacopée et talents thérapeutiques qu’ils n’ont pas ; je me contenterai de condamner certains enseignants occidentaux qui manient à profusion un discours éthéré  nirvanesque  axé vers des mystiques orientales dont ils ne soupçonnent  en aucun la complexité et l’étendue , faisant pratiquer à leurs élèves crédules des exercices qu’ils ne maitriseront eux même jamais, allant jusqu’à mettre en danger leur intégrité physique ou même mentale .  Kenji Tokitsu  après quelque épisodes douloureux connus de tous dans le microcosme des arts martiaux en France, a eu lui, la décence de clarifier le fait qu’il ne se considérait pas comme un Maitre de Qi qong , pas même comme un professeur . Il me semble toutefois que certaines personnes, même en occident  possèdent ce fluide thérapeutique inné , issu d’un « Ch’ing » semble t-il héréditaire . En orient, la tradition  reliée  au bouddhisme zen au taoisme , et au confucianisme   amène l’adepte vers des états d’esprit qui conditionnent son comportement, changeant par essence, la destination de l’art martial, que nous autre occidentaux ne nous obstinons à ne considérer que selon son prime  aspect d’autodéfense radicale potentiel.

Il me semble que le travail sur tous les types de  «  ki » évoqué n’est destiné qu’à nous faire comprendre, une bonne foi pour toute, que notre principal et pire ennemi  n’est autre que nous même, que le principal combat dont est, en permanence empreint notre existence, n’est autre que  celui contre notre médiocrité, notre inconscience , notre ignorance et notre suffisance .  Un vieil adage japonais, issu  de la tradition du karate, ne dit il pas «  quand tu franchis  le seuil de ta maison, milles et un ennemis  te guettent ? «  La volonté d’harmonie sociale que peut ainsi conférer la pratique des arts martiaux, commence par une révolution interne basée sur un profond travail simple, quotidien répétitif sur soi . Le Qi qong ,  martial ou pas, ou d’autres disciplines, comme le Yoga,  permettent d’accéder à des états de  conscience , ou de « ki » supérieurs . Pour cela, il convient d’être dirigé par un guide authentique  , quelqu’un humainement abordable, qui a su rester longtemps sur la même voie, n pratiquant de choses simples, des choses vraies, au delà de toute connotation mystique ou métaphysiques, dans lesquelles nous avons trop tendance à vouloir nous engouffrer arbitrairement afin de compenser le  déficit d’absolu dont souffre notre occident  .

Jean -claude Guillot, St Germain au Mont d’Or, le 13 mars 2011.